— Un constat
La solitude est une émotion propre à tout être humain. Les enfants de pasteurs que nous sommes n’y échappent pas alors même que nous semblons entourés de notre famille, par de nombreux membres de notre Église ou de nos amis.
La solitude est parfois mise en évidence par un événement marquant. Mais, le plus souvent, elle est si familière qu’elle s’est discrètement intégrée à notre construction intérieure. Dans notre cas, elle est bien souvent accentuée par cette question :
Qui peut vraiment nous comprendre dans ce que nous vivons ?
– Nos parents ? Bien souvent, ils ont choisi leur ministère, mais ne réalisent pas toujours que nous en subissons les conséquences sans l’avoir choisi.
– Les membres de l’Église ? À eux, nous ne pouvons pas toujours nous confier, par souci de protéger l’image et la fonction de nos parents.
– D’autres responsables spirituels ? Parfois, ils privilégient leurs relations avec nos parents et trahissent la confiance que nous avions placée en eux en partageant ce que nous avions confié dans le secret.
– Nos amis non chrétiens ? Ils peuvent nous offrir de la compassion, mais leur manque de compréhension de notre univers ne nous donne pas réellement le sentiment d’être compris.
C’est justement l’histoire de Ozanne :
“Pour ma part, j’étais constamment entourée, mais toujours seule à la fois. Là où mes amies pouvaient se confier, que ce soit à leurs parents, aux moniteurs de l’école du dimanche ou aux responsables de jeunes, je m’étais toujours imposé, sans que personne ne me le demande, de tout garder pour moi. J’avais peur que mes paroles puissent faire du tort à mon parent pasteur. J’ai grandi avec la crainte que ce que je dirais puisse blesser les autres ou ternir l’image de mes parents.
Lorsque j’ai commencé à réaliser que cet état d’esprit prenait trop de place dans mon cœur et influençait mes attitudes, j’ai essayé d’exprimer ce désir profond de «normalité». Je l’ai fait simplement, sans jugement envers ma famille, lors d’un moment où je me sentais enfin en confiance au sein de mon groupe d’ados.
Quelques jours plus tard, j’ai découvert que les paroles que j’avais eu tant de mal à prononcer, celles que j’avais partagées avec vulnérabilité et courage, avaient été déformées puis rapportées à mes parents de manière brutale. Je me suis sentie seule et coupable, là où j’espérais pourtant trouver une oreille attentive et bienveillante. (lire l’intégralité du témoignage ici)
🤝 Mensonges et vérités
La solitude n’est pas seulement un sentiment ; elle est aussi un terrain où certaines pensées finissent par nous sembler vraies… alors qu’en réalité elles sont fausses.
La vérité c’est que … ces mensonges ne naissent pas de rien. Ils prennent souvent racine dans des expériences bien réelles : une trahison, un rejet, une incompréhension, une absence. La solitude interprète ensuite ces événements en leur donnant une portée universelle.
Par exemple :
– J’ai été trahi devient : « Je ne peux faire confiance à personne. »
– Je me sens incompris devient : « Personne ne me comprendra jamais. »
– Je me sens seul aujourd’hui devient : « Je serai toujours seul. »
C’est là que réside le danger : la solitude fige une expérience réelle en une conclusion que l’on finit par croire définitive.

Voici quelques-uns des principaux mensonges que la solitude peut nous souffler.
👉 1. « Personne ne peut me comprendre. »
Celui là fait mal car effectivement, rares sont les fois où nous avons l’occasion d’échanger avec d’autres EDP. Mais c’est sans doute le premier mensonge. Il est vrai que peu de personnes comprendront ‘parfaitement’ ce que nous vivons en tant qu’enfant de pasteur. Pour autant, sans saisir l’entièreté de notre expérience singulière, des personnes peuvent compatir avec nos difficultés. En effet, elles peuvent avoir connu des défis de la même portée, apporter une écoute attentive, et faire preuve d’empathie.
👉 2. « Je suis seul. »
Qu’elle découle des déménagements successifs, d’une position particulière dans l’église, d’un manque de connexions sociales, la solitude subie peut avoir des effets délétères sur notre perception de nous-mêmes et des autres. On est entouré par notre famille, l’église, nos amis, et pourtant, on se sent seul. Un manque de relations qui comptent et sur lesquels nous pouvons nous appuyer en toute confiance : cela peut générer une véritable souffrance et déforme notre vision de l’avenir.
Pourtant, parfois, des personnes sont là dans cette solitude, même imparfaitement. L’enjeu est de restaurer ces liens de confiance, prendre soin de ceux qui existent. Des personnes nous aiment, nous soutiennent et sont prêtes à nous écouter. Le sentiment de solitude, et la souffrance qui en découlent sont bien réels. Tellement, qu’ils finissent par cacher ceux qui sont là pour nous.
Noémie nous partage son expérience avec ce sentiment d’être seule :
“Pour ma part, la solitude s’est formée lorsque j’ai dû quitter mon église d’enfance pour une autre. [..] Une division qui a été faite peu après notre arrivée a conforté mon repli sur moi. Concrètement, je m’étais coupée de toutes les activités d’églises, de toutes les relations et les partages. J’étais bien présente lors des réunions mais dès que c’était fini, je trouvais un coin pour me “cacher”, ne laissant aucun accès à personne pour m’approcher. En résumé, j’étais présente mais comme spectatrice de ce qui se passait, ne voulant plus m’investir à l’église et, indirectement, dans le ministère de mes parents. Par la suite, 3-4 ans sont passés et j’ai fait mon bout d’expérience. [..] Je me suis peu à peu ouverte aux membres de l’église. Cela a été loin d’être un chemin facile, j’ai souvent voulu tout arrêter. “ (lire l’intégralité du témoignage ici)
👉 3. « Personne ne s’intéresse à moi. »
Parce que personne ne pose les bonnes questions ou ne remarque notre souffrance, nous pouvons croire que personne ne se soucie de nous. La solitude nous pousse parfois à interpréter le silence des autres comme de l’indifférence. En réalité, beaucoup ne voient tout simplement pas ce qui se passe en nous. Ils ne nous ignorent pas volontairement ; ils ne savent simplement pas que nous avons besoin d’eux et comment nous entourer.
👉 4. « Je dois tout porter seul. »
À force de voir nos parents porter les difficultés des autres, certains d’entre nous développent le réflexe inverse : garder les nôtres pour nous. Nous préférons nous taire plutôt que d’ajouter une préoccupation de plus à ceux qui nous aiment. Mais ce qui était au départ une intention généreuse peut devenir un piège. Les fardeaux que l’on refuse de partager finissent souvent par peser plus lourd.
👉 5. « Si je parle, je serai trahi. »
Ce mensonge s’enracine souvent dans une expérience vécue. Une confidence trahie suffit parfois à fermer le cœur. Mais une seule blessure, même répétée, ne peut pas définir toutes les relations. Sinon, la peur du passé enferme toute possibilité de lien. Apprendre à s’ouvrir, même en dehors du cercle familial ou de notre église locale, peut alors devenir un pas vers la guérison, en cherchant des personnes fiables capables d’accueillir sans trahir.
👉 6. « Je dois mériter l’amour des autres. »
La solitude peut nous pousser à vouloir être parfaits, utiles ou irréprochables pour être acceptés. Mais cette quête finit par nous piéger : notre valeur ne dépend plus de ce que nous sommes en Christ, mais de ce que nous faisons pour les autres.
👉 7. « Je suis différent »
Ce mensonge s’installe très tôt. L’enfant de pasteur grandit avec l’impression d’être à part, comme s’il évoluait dans un monde où il doit toujours ajuster son comportement, ses paroles ou ses émotions. Cette différence peut être réelle dans certains aspects, mais elle est souvent amplifiée par le regard des autres et par les attentes indirectes et directes placées sur lui. Peu à peu, on peut confondre le fait d’être différent avec le fait d’être isolé.
Cela a été l’expérience de Sonia :
Parfois la solitude vient aussi d’un décalage « spirituel » que tu ressens… Parce que tu baignes dedans depuis le berceau, parce qu’on prie beaucoup à la maison, tu es imprégné et c’est top. Mais quand tu te mets à prier dans ton groupe biblique, on te fait la remarque que tu es très spirituel… Alors que tu as juste envie d’être comme tout le monde, pas d’être différent. Même chose lorsqu’il s’agit de répondre aux questions du moniteur. Tu connais toutes les réponses mais tu décides finalement de ne plus participer pour qu’on arrête de te dire que c’est normal que tu connaisses la Bible puisque « ton père est pasteur. » Tu veux juste être avec eux, comme eux, mais on te rappelle sans cesse que tu es différent alors tu te sens seul, parfois très seul. (lire l’intégralité du témoignage ici)
👉 8. « Personne ne remarquera mon absence. »
C’est un mensonge particulièrement dangereux. La solitude brouille notre perception au point de nous faire croire que nous n’avons pas de place réelle dans la vie des autres. Mais même lorsque cela ne se voit pas immédiatement, notre présence compte bien plus que ce que nous imaginons.
⚠️ Le dernier des mensonges : Dieu aussi est loin de moi
“Mon Dieu mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ?” c’est la célèbre phrase de David le psalmiste et reprise plus tard par Jésus, nous montre que nous ne sommes pas les seuls à avoir ressenti cette solitude face à nos difficultés. Dans la Bible, les périodes de solitude sont souvent le prélude à une mission ou à une rencontre profonde avec Dieu. Moïse, Élie, Jésus Lui-même… : tous ont vécu le désert avant d’accomplir ce que Dieu préparait pour eux.
Et sur cela, je suis convaincue d’une chose : Dieu ne nous a pas placés comme enfants de pasteurs par hasard. Il ne nous a pas mis là pour simplement subir une réalité, mais pour nous offrir l’occasion de le découvrir, de le connaître profondément, et de comprendre qui nous sommes en lui à travers des circonstances spécifiques.

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✍️ Eux aussi ils l’ont vécu
Découvre les témoignages de Sonia, Ozanne et Noémie, qui racontent comment la solitude a pris forme dans leur vécu.
👉Sonia et ces différentes expériences avec la solitude depuis l’enfance
👉 Ozanne nous parle de la trahison qui l’a amené à la solitude
👉 Noémie nous parle de son cheminement pour sortir de son isolement et de sa solitude
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