Il s’impose souvent, sans que nous l’ayons choisi, ce sentiment, au fil des regards, des paroles et des attentes projetées sur nous. Discret mais persistant, ce ressenti devient parfois l’un des fils conducteurs de notre parcours et de la construction de notre identité.
🧸 Pour certains, cette prise de conscience arrive dès l’enfance, après avoir entendu : “Je ne peux pas être ton ami(e) parce que tu es le/la fils/fille du pasteur”. Jouer ensemble, ça va, mais être amis, c’est autre chose.
🎤 Pour d’autres, elle survient à l’adolescence, lorsque tout ce que l’on vient discuter avec toi est issu de commentaires entendus lors des prédications de ton parent, depuis l’estrade.
❔ Pour certains encore, ce sentiment revient à l’âge adulte, lorsque nous visitons l’église ou la région dans laquelle nous avons grandi, et que les seules questions posées concernent : “Comment vont tes parents ?”
Cela se traduit par l’impression d’être “transparent” : la sensation que, malgré une visibilité évidente, nous sommes profondément ignorés. Ce sentiment, c’est celui d’être connu (en tant qu’enfant de pasteur), sans être réellement connu pour qui nous sommes.
🤷♂️ — Pris pour acquis
Le mal sous-jacent est certainement celui des assomptions, celui ou, à partir d’un rôle, les gens se font une idée de ce que nous sommes. Ils pensent savoir et ne vérifient pas, ils interprètent mais ne demandent pas et projettent sur nous ‘une identité’ d’après notre statut.
➝ On suppose que tu es spirituellement mature parce que ton parent est pasteur (alors que tu n’as pas même encore décidé de suivre Christ)
➝ On présume que tu n’as pas besoin d’amis “comme les autres” (alors qu’à l’école comme à la maison on n’ose pas être en relation avec toi)
Le changement de familles pastorales, la fréquence des rencontres paroissiales et des interactions superficielles fait que les membres de la communauté viennent à banaliser et ne plus questionner cette manière d’approcher ou de percevoir les enfants de pasteurs.
➝ Alors on prend pour acquis que tu vas bien (ou que tu t’en fiche, si tu es perçu comme Le/La rebel/lle)
➝ On prend pour acquis que l’enfant du pasteur connaît déjà la Bible.
➝ Que tu es ‘censé’ être là à chaque réunion (alors que ce n’est pas ton métier à toi mais celui de ton parent pasteur)
Ces attentes finissent par devenir ta norme ; on ne te questionne plus, on t’impose un comportement et une voie à suivre.
Bien sûr, il est humain de faire ce genre de suppositions, et elles existent dans la vie quotidienne sans lien particulier avec la condition d’enfant de pasteur. Ce qui en fait cependant le véritable poids, c’est la fréquence et l’intensité avec lesquelles ces projections se répètent. S’ajoute également le fait qu’il est rare de trouver un lieu où tu ne sois pas d’emblée identifié comme ‘enfant du pasteur’… même à l’école.
💔 Conséquences
À la longue, cela laisse des traces on finit par se définir au travers du regard des autres. Certains apprennent à se conformer à cette image qui leur est projetée, à endosser le rôle attendu pour préserver leur santé mentale ou l’image familiale (voir article “Et si ce masque… c’était moi ?”) ; d’autres, au contraire, se construisent en opposition, par rejet ou par fuite.
Dans les deux cas, le risque est le même sur le plan identitaire :
Grandir sans espaces pour être véritablement soi, sans lieux sûrs où poser nos questions, nos doutes, nos luttes, ou simplement être. On se retrouve constamment en “représentation” ou, en cas de rébellion, contraint de renoncer à une part de soi ; souvent la foi que l’on aurait voulu explorer à notre rythme, par besoin de protection.
🤝 Sur le plan relationnel, elle limite la possibilité d’établir des liens authentiques, puisque les interactions sont souvent filtrées par notre étiquette d’enfant de pasteur.
🧠 Psychologiquement, cette pression répétée peut générer de l’anxiété, un sentiment d’isolement ou une hypervigilance constante face au regard des autres.

Nos circonstances échappent souvent à notre contrôle… et la réponse dépend largement de la saison de votre vie à laquelle vous vous trouvez en lisant cet article.
👉 Si vous vivez chez vos parents : vous avez peu d’influences sur vos circonstances, la pression est donc plus forte de plus vous êtes en pleine construction identitaire.
👉 Si vous êtes adulte et faisant parti de l’église de vos parents : vous êtes censé être maître de vos actions mais parfois poser ses propres limites personnelles, changer les règles ou évoluer peut-être compliqué quand l’environnement lui n’a pas changé.
👉 Si vous ne faites plus parti de la communauté dont s’est occupé ou s’occupe votre parent pasteur : la question à se poser est : avez vous finalement réussi à être vous même ou ce que vous êtes est encore régi par les attentes et les principes vécus lors de votre construction ?

⚠️ Une peur sous-jacente
Parfois nous rencontrons des personnes avec qui une relation vraie est possible, leur intérêt étant sincère. Pourtant, intérieurement, nous n’osons pas nous abandonner complètement, retenus par la peur : peur de dévoiler nos vulnérabilités (après tout, n’est-on pas censé être parfait ? ), peur d’exposer les difficultés et combats de notre famille, et plus particulièrement celles liées à notre parent pasteur, peur que ces confidences circulent ou pire se retournent contre nous. Nous cherchons à nous protéger, tout en protégeant notre famille.
Je vous comprends tellement …

✅ Alors on fait quoi ?
Heureusement, certains ont bénéficié d’un entourage bienveillant, du soutien nécessaires, des relations et des opportunités leur permettant de se développer sans être trop fortement impactés par la pression sociale.
Il est important de prendre conscience de ce que l’on peut faire et de ce que l’on ne peut pas changer (du moins par nos forces humaines). Notre perception est à notre portée, celle des autres, en revanche, reste bien souvent hors de notre contrôle. Pour de nombreuses personnes, nous resterons sans doute, au final, profondément “inconnus”. En revanche, nous pouvons choisir ce que nous acceptons de tolérer, ainsi que ce que nous mettons en place pour ne pas être définis par ces projections limitantes.
Voici quelques conseils : prenez ceux qui vous parlent le plus selon votre contexte.
1️⃣ Demander à votre parent pasteur de ne plus vous citer (du moins sans votre accord préalable) dans ses prédications = vous contrôlez la narrative de ce qui est dit de vous.
2️⃣ Si cela vous est possible, demandez à rejoindre le groupe de jeunes d’une église différente en expliquant les bénéfices sur votre développement identitaire et votre santé spirituelle.
3️⃣ Oser se tourner vers une personne en qui l’on sent une potentielle amitié véritable, exposer avec franchise sa peur sous-jacente (voir paragraphe à ce sujet), et observer la manière dont elle réagit.
4️⃣Apprendre à dire “non” malgré la pression familiale et communautaire sur ce que l’on souhaite nous faire prendre en responsabilité.
5️⃣ Ne pas hésiter à consulter un ou une thérapeute pour nous accompagner dans votre construction ou re-construction identitaire. (Vous pouvez même nous contacter à ce sujet pour que nous vous mettions en relation avec un thérapeute formé aux spécificités ou edp lui-même)
6️⃣ Ne pas hésiter à recadrer les propos déplacés ou intrusifs d’une personne à votre sujet avec douceur et fermeté.
7️⃣ Se mettre en lien avec les enfants de pasteurs de sa région
8️⃣ Aller aux évènements chrétiens en dehors de son église, sans membre de son église, pour se donner l’opportunité de rencontrer des chrétiens non issu de sa communauté

✅ Une certitude
Des prédications, vous en entendez probablement plus que la plupart, au point parfois d’en être lassés, et ce verset, vous le connaissez sans doute déjà par cœur. Et pourtant, il se peut que l’un d’entre vous ait aujourd’hui besoin d’en saisir pleinement la portée.
« Éternel ! tu m’as exploré, tu m’as connu. Tu sais quand je m’assieds et quand je me lève ; tu pénètres de loin ma pensée » (Psaume 139.1–2).
Une autre traduction nous dit qu’il a “su”.
Non seulement il nous a créés et désirés, mais il nous connaît : il sait exactement qui nous sommes, certainement mieux que nous-mêmes. Parfois, on oublie que c’est le plus grand des « enfants de » qui nous voit. Des “suppositions” et des “pris pour acquis”, il y en a eu et il y en a encore (à commencer par les chrétiens).
Pour lui, nous ne sommes pas des inconnus.
Pour aller ➕ loin
🟣 Si tu t’es reconnu dans ces lignes, sache que tu n’es pas seul(e). Bienvenue dans la TRIBU#EDP
🟣Nous avons conscience que chaque expérience d’EDP est unique et peut-être que tu ne t’es pas reconnu dans ces lignes : n’hésites pas à nous partager ton avis ou ton témoignage.
Si tu le souhaite tu peux :
Collectif #EDP
Le Collectif #EDP est composé d’Enfants De Pasteur devenus adultes souhaitant agir pour un changement positif dans la condition d’enfant de pasteur au travers de ressources et initiatives.